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Les relations culturelles et économiques entre l’Afrique et l’Amérique latine: enjeux et perspectives

Panel abstract
Dans le passé, les échanges entre l’Afrique subsaharienne et l’actuelle Amérique latine se réduisaient à la traite négrière atlantique. L’Afrique subsaharienne constituait une source d’approvisionnement en esclaves des plantations du « Nouveau Monde ». L’abolition de l’esclavage, l’accession à l’indépendance et la présence d’afro-descendants ont changé les relations entre ces deux régions du monde. Par ailleurs, les pays africains et latino-américains présentent une histoire, une géographie et une structure économique semblables. Ils se sont engagés dans la coopération Sud-Sud. En 1984, s’est tenu le Congrès international hispano-africain de la culture à Bata en Guinée équatoriale. Au cours des dix dernières années, les pays membres de l’Union Africaine (UA) et ceux de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) se sont retrouvés à l’occasion de trois sommets organisés successivement au Nigéria en 2006, au Venezuela en 2009 et en Guinée équatoriale en 2013.
Ce panel se propose d’analyser les relations culturelles et économiques actuelles entre l’Afrique et l’Amérique latine. Il s’inscrit dans une perspective pluridisciplinaire et est ouvert aux chercheurs, enseignants-chercheurs, post-doctorants et doctorants. Les propositions de communications porteront sur les thématiques suivantes :

  • Histoire et mémoire(s) de l’esclavage et de la colonisation ;
  • Échanges commerciaux et transferts culturels (musique, peinture, religions, cinéma) ;
  • L’Afrique dans les littératures latino-américaines ;
  • Migrations : afro-descendants et migrations africaines actuelles en Amérique latine ;
  • Origines et portée des principales rencontres interrégionales : le Congrès hispano-africain de la culture de 1984 et les trois sommets Afrique-Amérique du Sud (2006, 2009 et 2013).

Time: Thursday, 28/06/2018, 11 am - 1 pm
Venue: Seminargebäude, S 202

Convenor
Adeline Darrigol (University of Rennes, France)

Panellists
Gwladys Alida Anding Elingui (University of Yaoundé II, Cameroon)
Adeline Darrigol (University of Rennes, France)
Cristiana Dobre (University of Rennes, France)
Martine Mvengou Cruzmerino (University of Liège, Belgium)
Silvio Marcus de Souza Correa (University of Santa Catarina, Brazil)
 

Paper abstracts

Gwladys Alida Anding Elingui
La dynamique de la coopération économique Cameroun-Brésil: rétrospective et perspectives

S’il était possible de ramener à la vie Meganeurai, libellule de la période permienne, elle vivrait aussi bien au Cameroun qu’au Brésil. En effet, ces deux pays, autrefois soudés dans la Pangée suivant la théorie d’Alfred Wegener, présentent de nombreuses similitudes favorisant les échanges. Historiquement, les relations entre le Cameroun et le Brésil datent du 20 janvier 1960, lorsque ce dernier reconnût l’indépendance du Cameroun. Elles se sont par la suite concrétisées par la signature de plusieurs accords de coopération, l’organisation de plusieurs commissions mixtes, les visites officielles des Chefs d’Etat…Huitième puissance économique mondiale suivant les données publiées par le FMI en juin 2017, le Brésil a beaucoup à offrir au Cameroun qui est son quatorzième fournisseur africain, selon les statistiques de la Confédération Nationale de l’Industrie du Brésil. Quelle est la dynamique de la coopération Cameroun-Brésil ? Quelles en sont les perspectives ? Des données économiques empiriques témoignent de la richesse de la coopération. Depuis 2003, les échanges commerciaux ont connu une augmentation annuelle progressive. Les statistiques de la Chambre de Commerce Afro-Brésilienne de Sao Paolo révèlent que le solde de la balance commerciale, d’un montant de 12 539 593 dollars US en 2002, a maintenu une croissance soutenue pour atteindre la somme de 101 364 787 dollars US en 2006. Cependant, le solde de la balance commerciale affiche un taux déficitaire côté camerounais. Beaucoup reste encore à faire.

Cristiana Dobre
Quelles politiques environnementales pour la relation Afrique-Amérique?

Et s’il était possible de dépasser le paradigme de la dépendance des pays du Sud ? Dans un contexte où la mitigation du changement climatique semble prendre une place essentielle au niveau de la coopération internationale pour le développement, l’engagement des États est plus que jamais un moyen de garantir un meilleur positionnement sur la scène des négociations mondiales pour l’environnement. Cette analyse, fondée sur le principe de la réciprocité dans les relations internationales, permettra de comprendre l’importance de la coresponsabilité multiniveau pour répondre aux nécessités de toutes les parties-prenantes. Dans cet article, sera mis en avant le poids de l’institutionnalisation des préoccupations environnementales, par le biais d’une étude comparative entre les relations Sud-Sud et Nord-Sud. La place occupée par cette problématique au sein des Sommets Afrique-Amérique Latine devrait être un moteur pour l’émergence de ces pays du Sud comme force politique pour un développement basé sur l’objectif du « Leave no one behind ».

Martine Mvengou Cruzmerino
Le dialogue interrégional afro-sud-américain : opportunités stratégiques et défis

Nous proposons d’aborder les relations interrégionales à partir d’une perspective politique notamment à partir d’une approche de Relations Internationales. Cette contribution vise à démontrer que les dynamiques de rapprochement entre les deux régions s’inscrivent dans un processus de restructuration de la scène internationale initié dès la fin des années 1990, et que ces liens Sud-Sud ont constitués durant la période 2006-2013 une nouvelle opportunité stratégique pour ces régions du Global South. Il s’agira donc d’abord d’évoquer les principales mutations systémiques qui ont offert une nouvelle marge de manœuvre d’action pour les pays émergents. Puis l’analyse se concentrera sur le Forum de Coopération Afrique-Amérique du Sud (ASA) et visera à démontrer que celui-ci a offert un espace nouveau de dialogue, de socialisation au sein duquel ont existé à la fois des intérêts stratégiques, politiques mais aussi se mettaient en œuvre des processus de construction d’une identité commune sur la base des discours politiques. Enfin, nous proposerons de faire un bilan de ces dynamiques à partir des changements liés au nouveau cycle politique en Amérique latine et nous soulignerons les principaux défis qui limitent de telles dynamiques Sud-Sud. Ce travail s’appuiera sur une analyse qualitative : entretiens effectués, analyse de discours et textes officiels.

Silvio Marcus de Souza Correa
Histoires et mémoires de l’esclavage et de la colonisation

Pendant plus de trois siècles les échanges entre l’Afrique et le Brésil orbitaient autour de la traite négrière. Les échanges entre les deux rives atlantiques diminuèrent considérablement après l’abolition de l’esclavage au Brésil (1888) et lorsque l’Afrique était sous domination coloniale. Depuis quelques années, des écrivains africains puisent dans l’histoire et dans la mémoire de la traite négrière pour écrire leurs romans. Parmi d’autres, l’écrivain togolais Kangni Alem publia deux romans (Esclaves et Les Enfants du Brésil) dans lesquels plusieurs personnages sont esclaves ou maîtres d’esclaves. Mais il y a aussi ceux et celles, comme Fatou Diome, qui veulent tourner la page. Selon l’écrivaine sénégalaise, « il faut pacifier les mémoires et arrêter de se référer tout le temps à l'esclavage et à la colonisation. » Cette communication propose de rapporter les premiers résultats d’une recherche en cours en montrant comment l’esclavage s’inscrit dans la littérature africaine « postcoloniale » en faisant souvent l’amalgame entre histoire et mémoire. On se propose aussi de démontrer comment l’esclavage lié à la traite négrière atlantique prend une telle importance dans la littérature africaine au point de gommer les autres formes d’esclavages sur le continent africain y compris pendant la période coloniale. Entre le devoir de mémoire et le droit à l’oubli, les écrivains et les historiens ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde.

Adeline Darrigol
Le congrès hispano-africain de la culture de 1984 (Bata, Guinée équatoriale): enjeux et perspectives

Le premier Congrès international hispano-africain de la culture a été organisé en 1984 à Bata (Guinée équatoriale). Il a rassemblé des délégués venus d’Afrique et d’Amérique latine, à la suite de la Conférence mondiale sur les politiques culturelles tenue à Mexico en 1982. Pendant le Congrès, les participants ont examiné des thèmes tels que l’impact économique et culturel de la langue espagnole dans le monde, la littérature orale, l’identité culturelle afro- hispanique de la Guinée équatoriale, les échanges culturels et technologiques entre l’Afrique et l’Amérique latine. Ils ont par ailleurs proposé des mesures visant à consolider la coopération culturelle Sud-Sud. Ils ont également plaidé en faveur d’un nouvel ordre mondial culturel basé sur la réciprocité et le respect des identités culturelles. Cette contribution analyse les origines, les défis et l’impact du premier Congrès international hispano-africain de la culture de 1984. Elle s’appuie sur des documents d’archives de cette rencontre culturelle interrégionale, les entretiens ciblés et l’analyse des discours politiques.